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Cover of Le dernier écrivain

Le dernier écrivain

✍ Scribed by Millet, Richard


Book ID
107421365
Publisher
Montano - TAZ
Year
2013
Tongue
French
Weight
36 KB
Category
Fiction

No coin nor oath required. For personal study only.

✦ Synopsis


Titre : Le Dernier écrivain
Auteur : Richard Millet
Edition : Fata Morgana, 2005- 35 pages papier.
Lien : http://www41.zippyshare.com/v/21681224/file.html
Formats : doc/ /epub/mobi

Ce qui nourrit mon désespoir (un désespoir proche de l’allégresse des renonçants, non des victimes) a la force de l’évidence : tout ce à quoi je crois, dans quoi on m’a élevé et dont on m’a fait le scrupuleux héritier en me donnant pour devoir de le transmettre, d’en maintenir haut la puissance spéculaire, tout ce qui prend la figure de l’éternité sans l’idée de laquelle il est impossible de s’attarder ici-bas, c’est-à-dire la nation, la langue, la grandeur, la pureté, l’élitisme, la permanence, le paysage, le christianisme, la faculté de juger, l’esprit critique, la méditation, même si j’ai conscience que l’écrivain doit se tenir à l’écart des illusions et des doxas nées de la tradition humaniste, tout cela se trouve aujourd’hui piétiné, jeté aux orties, désigné à l’opprobre universel non seulement comme obsolète mais comme l’expression même du Mal et pied à pied combattu, contredit, moqué, liquidé au nom d’un ordre nouveau, que d’aucuns appellent posthumaniste, et dont les points de convergence se situent entre un très ancien fantasme de transparence absolue, la gnose de l’hybridation généralisée et la vieille affaire de la servitude volontaire ; de quoi la langue française cristallise exemplairement les ambiguïtés, non pas en tant que telle, par ses vertus instrumentales, mais dans sa monumentalité littéraire, avec la mythologie qu’elle suscite – la question de la langue n’étant d’ailleurs pas une spécificité française : Nietzsche voyait dans « la rage actuelle de surproduction et de hâte excessive », et dans « la détérioration du langage », « les symptômes d’une « barbarie approchante », et Thomas Bernhard évoque, cent ans plus tard, ces apprentis musiciens germaniques si insensibles à leur langue qu’ils parlent un allemand « complètement détérioré ».

Présentation :

Un court essai de Richard Millet alors que la polémique spectaculaire de l’année dernière est retombée, Millet ayant été définitivement exclu du « milieu », ses ennemis faisant preuve d’une comique intolérance face à l’intolérant. Même si je ne partage pas toute sa weltanschauung , Millet (que j’ai découvert sur ce forum grâce à Tryphon) est beaucoup plus intéressant que la plupart de ses détracteurs.

Extrait :

« Parvenu à un âge et en un siècle auxquels, enfant, et même une fois ma jeunesse perdue, je pensais ne pas atteindre, âge qu’une métaphore ouvrant l’un des textes fondateurs de la littérature moderne désigne comme le milieu du chemin de notre vie, je me rends compte à quel point l’expression être de son temps me convient moins que jamais. Me sentant un fort mauvais citoyen, voire une sorte d’apatride, puisque répugnant tout autant à l’idée d’être citoyen d’une Union européenne qui refuse d’inscrire dans sa constitution le caractère chrétien de ses racines qu’à l’idée d’être, selon une formule qui ne veut en fin de compte rien dire, un citoyen du monde, je ne cesserai de cheminer d’une façon qui ne me permet pas de penser que je puisse demeurer ailleurs que dans cet écart, ce décalage, ce refus.
Non que je veuille maudire plus que de raison une époque qui est, elle, toujours sur le point de me réprouver : ayant connu certaines formes d’opprobre, je lui suis même reconnaissant de me montrer le visage d’un futur où je ne serai pas, et de ne me sentir en accord avec elle sur presque rien, ses mœurs, sa morale, son esthétique, son langage, son totalitarisme mou, sa tolérance inquisitrice, sa littérature, surtout, laquelle m’est, en France comme ailleurs, devenue à peu près illisible, parce que sans mémoire, ni trace d’aucun savoir, encore moins portée par cette absolue nécessité à quoi se mesurent les grands textes ; une littérature que les éditeurs eux-mêmes appellent jetable, comme on le dit des mouchoirs ; une littérature d’une infinie fadeur, d’un conformisme à toute épreuve, et d’un infantilisme qui est une des grandes obscénités de ce temps ; une littérature réduite au seul roman, genre à présent aussi hégémonique qu’insignifiant, simple buée sur la vitre des langues normalisées par l’éradication du modèle littéraire dans l’enseignement comme dans la vie politique ou dans l’art perdu de la conversation ; et disant cela, je me veux « résolument moderne », toute entreprise d’écriture étant contemporaine jusqu’à l’anachronisme, et non pas nostalgique de ce qui meurt de façon naturelle. »


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