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Cover of Le collier de la colombe

Le collier de la colombe

✍ Scribed by Alem, Raja


Book ID
107366059
Publisher
Stock
Year
2012
Tongue
French
Weight
489 KB
Category
Fiction
ISBN-13
9782234071384

No coin nor oath required. For personal study only.

✦ Synopsis


Une femme est retrouvée nue, assassinée, le visage défoncé, dans un passage de La Mecque. Cette affaire émeut profondément les habitants de ce quartier et vient réveiller de lourds secrets de famille, d’amours interdites, mais aussi de malversations financières, au sein d’une ville dont l’architecture et le patrimoine religieux excitent la convoitise des sociétés immobilières.
L’inspecteur Nasser est chargé de l’enquête, ce qui rompt pour un temps sa routine et sa solitude. Afin d’identifier la victime, il plonge dans les existences tourmentées de deux femmes portées disparues, Aicha et Azza. Institutrice répudiée par son mari, Aicha entretenait en effet une correspondance amoureuse avec un médecin allemand, dont l’inspecteur se délecte. En même temps, il parcourt le journal intime de Youssef, jeune historien amoureux de l’architecture de La Mecque tout autant que d’Azza, jeune femme déterminée à ne laisser aucun sentiment l’asservir.
Mais Nasser va croiser des fantômes plus inquiétants. La corruption règne dans cette ville tiraillée entre ses traditions ancestrales et l’élan brutal vers la modernité. La Mecque semble se confier au lecteur, en révélant les enjeux complexes dont elle fait l’objet. Et très vite, on comprend que c’est le coeur sacré de cette ville, la Kaaba, qu’il faut sauver.

Extrait

Abourrouss

La seule chose certaine dans ce livre, c'est l'emplacement du cadavre : il a été retrouvé dans cet étroit passage de la ville appelé «Abourrouss» - littéralement le Monstre à plusieurs têtes.
Qui est le mieux placé pour relever ce défi : écrire une biographie du passage Abourrouss ? Mais moi, Abourrouss en personne ! Moi, avec mes innombrables têtes. Moi, Abourrouss, cette petite impasse située aux confins de la ville, près de la zone où les pèlerins se purifient avant d'accomplir le rituel du petit pèlerinage, qui consiste à se laver de tous les péchés de l'année écoulée afin de se préparer à une nouvelle année de péchés. Moi, Abourrouss, champion toutes catégories de l'inhalation, titre que j'ai amplement mérité de par mon aptitude à survivre au milieu d'odeurs insoutenables. Il faut dire que personne ne s'est occupé de moi, on n'a pas jugé bon de m'installer l'éclairage électrique, de sorte que j'ai appris à rester dans l'obscurité, assoupi, et à humer à plein nez les odeurs pestilentielles qui naissent de la fermentation des ordures et des débordements d'égout ou qui hantent les rues non entretenues. J'ai aussi habitué mes oreilles aux sons discordants qui sont le lot des ruelles négligées. Toutes ces nuisances, je les garde un peu en moi avant de les rejeter doucement par la bouche, sous forme de rumeurs, de légendes et d'interdits destinés à étouffer mes riverains, lesquels se mettent alors à fouiller dans leur passé pour y trouver une consolation. C'est qu'ils peinent à supporter leur présent morbide aussi bien qu'à envisager cet avenir atomique qui va les pulvériser.
Peut-être ne suis-je pas un passage aussi ancien que d'autres, qui eux peuvent se targuer de remonter à l'époque des tribus légendaires, les Jurhum et les 'Amaliq, mais je peux tout de même m'enorgueillir d'une longue histoire, qui a vu le remplacement de royaumes par d'autres, une histoire chargée de guerres et de violences qui me vaut de m'abreuver directement à la plus grande vallée du Hijaz, al-Nooman - un nom auquel le dictionnaire attribue le sens de «sang» ou de «masque».
Mon nom à moi, Abourrouss, n'est pas si mal. Le seul passage que je pourrais envier, c'est celui du Coude, dont on pense qu'il abritait la boutique où Abou Bakr le Véridique, premier calife de l'Islam, vendait de la soie, ainsi que sa maison. En face, encastrée dans le mur, se trouve une pierre que les gens viennent de loin pour toucher, car, à ce qu'on raconte, il suffit de l'effleurer pour qu'elle salue le Prophète; peut-être est-ce à cette pierre que ce dernier faisait allusion lorsqu'il a dit : «Je connais à La Mekke une pierre qui me saluait les nuits où je partais recevoir la Révélation.» Juste à côté, la surface du mur est percée d'une anfractuosité devant laquelle les foules viennent se recueillir, voyant en elle la marque creusée par le noble coude du Prophète lorsque celui-ci y prit appui pour dialoguer avec ladite pierre. On dit que les Mekkois frappés de stérilité effectuent le parcours depuis la maison de Khadija jusqu'à cette pierre, et que, aussitôt, ils deviennent fertiles et donnent naissance à une abondante lignée. Je rêverais moi aussi d'être un passage aussi féerique, où les murs sont dotés de bouches qui parlent aux passants et répondent à leurs attouchements.

Revue de presse

C'est un roman noir : il y a un cadavre, celui d'une femme nue, jeté, dès le début du livre, dans une ruelle des faubourgs de La Mecque ; et un inspecteur de police bougon, qui souffre d'un taux de cholestérol explosif et d'une vie affective nullissime. Venu d'Arabie saoudite (fait rare), écrit par une femme (encore plus rare), Le Collier de la colombe fait partie des romans choisis par les éditions Stock pour lancer leur nouvelle collection, " La Cosmopolite noire ". Bonne pioche...
Il est dans la peinture de La Mecque, les rituels autour de la Kaaba (le mausolée) côtoyant le train-train profane, les désirs d'émancipation se mêlant aux combines de survie des habitants d'Abourrous, venus d'Afrique, d'Asie ou de Turquie, ces mutants de l'Arabie saoudite d'aujourd'hui, que Raja Alem excelle à croquer, nous faisant découvrir un peu de cette terra islamica que le flot médiatique désigne sans jamais nous y faire entrer...
Certaines pages sont magnifiques, qui décrivent l'ancien melting-pot mecquois. Ecrit dans un arabe classique, le texte a " donné du fil à retordre " à son traducteur, Khaled Osman, comme celui-ci, joint par téléphone, le reconnaît. Sous les mots policés n'en perce pas moins la critique de la société saoudienne et de ses archaïsmes. (Catherine Simon - Le Monde du 25 octobre 2012)


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